Et la lumière fut...

Et la lumière fut...
J'ai peut être été un peu méchante... Et c'était plutôt agréable.
C'est pour ça que j'aime à croire que j'ai été méchante. En réalité, ce que j'ai fait, il y a des mois peut être que j'aurais du le faire. Il y a des mois que quelqu'un d'autre l'aurait fait. Il y a des mois que ma méchanceté est latente, annulée par son comportement et par mes sentiments annexes à ma colère. Ma colère est comme une pile, elle se charge lorsqu'il la suscite, et toute cette électricité reste contenue en moi. Quelque chose m'empêche de la décharger au fur et à mesure. C'est lorsqu'il disparaît que la charge atteint son paroxysme. Je ne sais pas où elle passe après. Je suppose qu'elle est dissipée. Peu à peu j'oublie. Ma rancune est éphémère. Et bientôt ma colère se change en impatience, en désir de le revoir. Il s'opère un revirement qui est en fait la conséquence logique du déroulement de mes sentiments. Et c'est peut être ainsi qu'elle se décharge, en outre, ma colère. C'est dans le souvenir perpétuel de son image, dont seule l'indifférence aurait pu me délivrer. Mais à mon grand malheur, ce n'est pas l'indifférence, c'est la colère qui m'habite, ce n'est pas l'oubli mais l'obsession ! Et je peste contre lui, et je le revois, et je pense à lui, encore, encore, et lorsque dans l'image de son visage égyptien j'ai déchargé ma haine, la seconde est dissipée, mais la première persiste !
Et pourtant ! Et pourtant j'ai été méchante. Voilà qui semble me promettre que la boucle ne se boucle plus. Son influence a diminué. Et dire que je dois mettre moi-même le point final à cette histoire qu'il veut finir...
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# Posté le jeudi 28 septembre 2006 12:32

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Hier soir en plein ennui, promenant mon regard dans le vaste espace de mon salon, regard vague, éteint, cherchant désespérément une accroche par laquelle il proposerait de la matière à mon esprit las et déprimé, il se trouva sur son chemin la vitre de mon armoire, dont la transparence lui proposait des romans en rang d'oignon, aliments convoités, accès à la rêverie. Songeant au plaisir presque charnel que j'aurais à en toucher les reliures et à en caresser les pages, animée d'un nouveau souffle, réveillée par la naissance d'un désir, j'en consultai les titres, j'en respirai l'odeur, j'en goûtai les promesses. J'en choisis un et l'ouvris.
Je n'apprendrai à personne que dans la matérialité sensuelle de ce petit monument, il y avait la promesse de la plus grande abstraction, espace fertile à la porte duquel nous abandonnons avec soulagement, si nous en avons l'audace, toute la grisaille de notre quotidien.
Mon quotidien avait été particulièrement gris, mon soulagement fut d'autant plus savoureux.
Ma peau enduite d'essence et de nicotine s'épura dans l'eau d'un lac, limpide, dans les anfractuosités duquel le soleil déposait des milliers d'éclats. Le froid sec et hostile de l'hiver se cristallisa dans le temps d'où je m'étais abstraite, comme dans le souvenir désagréable d'une époque révolue, tandis que je m'allongeais sous des rayons éclatants. Et des tristes mauvaises herbes proliférant dans mes maigres plantations, les blanches aubépines, fausses vierges naïves, riaient en rougissant.
Mais le confort de ce décor idyllique, dans lequel je me prélassais, était encore négligeable face à celui que me procurerait bientôt l'apparition d'un homme.
C'est qu'il était si proche, cet homme ! Il était allongé juste à côté de moi, le visage serein, silencieux, attentif. Proche ! Et cette proximité était bien plus frappante que ce lac purificateur, que ce soleil inouï, que ces virginales aubépines ! Combien elle contrastait avec la distance effective de l'homme réel ! Combien était contenue dans ce simple phénomène la preuve que j'habitais, un court instant, au fil des pages, un rêve, qui bientôt, quand j'en accepterais le néant, s'estomperait pour toujours ! Et dans ses yeux noisettes, dans son regard gourmand, dans son sourire aimant, pour lesquels je me serais donnée, je me serais noyée dans mon illusion, j'ai vu tout mon amour, et tout l'amour irréel qu'ils me renvoyaient, je me suis sentie aimée, heureuse comme un enfant à qui, après une longue séparation, on permet enfin de sauter au cou de sa mère et d'embrasser ses joues rondes et rouges de bonheur ! Et comme Orphée au seuil des gorges du Ténar, enivrée de beautés et de félicité, j'ai étendu mon bras, et du dos de ma main j'ai caressé sa joue...
Bien sûr, il avait disparu. Bien sûr, il n'avait jamais existé, cet homme, elle n'avait jamais existé, cette proximité, l'homme réel, il était loin, il était dur, sévère, inaccessible. Je ne connaîtrais plus la douceur de ses yeux noisettes, je ne pourrais que me heurter à leur opacité. Jamais le dos de ma main n'irait inscrire sur sa joue la tendresse, l'affection. Car à présent, cet homme réel, il me méprise. Il est hostile, il est puissant, il est froid comme un opposant et blessant comme un ennemi. Et si je refuse cette rivalité, il est mort. Mon amour, l'homme de ma vie, il est mort.
Alors, dans le lac, sous le soleil et sous les aubépines, je plonge, et je m'enfonce, et je m'enfonce, et je m'enterre, et je me noie...
C'est trop dur sans toi...
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# Posté le vendredi 29 septembre 2006 17:29

Modifié le mercredi 29 novembre 2006 16:46

vingt-trois heures zéro cinq

vingt-trois heures zéro cinq
Je suppose que tout est permi entre nous n'est-ce pas... Vous ne m'en tiendrez pas rigueur n'est-ce pas...
De toute façon vous ne pourriez qu'en tenir rigueur à Odette. Voilà ce qui me chagrine : je n'arrive pas à créer quelque chose autour d'Odette. Je pensais devenir quelqu'un d'autre en me donnant ce surnom, j'aurais voulu devenir Odette, mais le problème c'est que cette Odette, elle est trop moi. Elle n'est pas un idéal de moi, ou bien c'est un moi triste. Car en fait en pensant à Odette, je pense à la jeune fille brune accoudée à sa table, seule, pensive, à gauche de l'écran. Et si j'ai choisi cette image, c'est que je m'y retrouvais, dans ce songe. Alors Odette, c'est un peu moi songeuse. Ce n'est pas du tout la fille que j'aspire parfois à être, la fille que j'aspirerais à être pour la simple raison qu'elle est assez différente de moi pour que je ne la comprenne pas et que je l'admire. Assez proche de moi pour que je me sente proche d'elle, mais assez lointaine pour qu'elle me reste inaccessible. Léa, évidemment, c'est Léa, ce n'est pas Odette. Odette, c'est à la fois mon imperfection et ma fantaisie. Léa c'est le géni artistique que je n'ai pas. C'est la vivacité, l'épanouissement, la confiance en soi, la beauté, le charme, la saveur. Odette c'est ma pensée, ma réflexion, les entrelacements de mon esprit et les interrogations vaines de mes soirées. Mais Odette me plaît parce qu'elle est mon moi réel, honnête. Léa, c'est un peu mon moi hypocrite, l'image que j'aimerais renvoyer, que j'imagine renvoyer. Mais Léa n'a rien à voir avec Odette. Pourtant, elles s'entendraient à merveille, j'en suis persuadée. Et toutes les deux elles feraient des merveilles. Elle se complèteraient. Et Odette n'aurait aucun mal à vouer une affection sans borne à Léa. Quant à Léa, je ne sais pas bien. Il faudrait que j'arrive à me détacher de moi-même et à m'intégrer dans ce personnage que je ne comprends pas pour arriver à cerner l'image qu'elle aurait d'Odette. Car Odette ne se plairait pas à elle-même, elle n'aurait pas assez de mystère, reste à savoir si Odette est un mystère pour Léa. La question reste entière.
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# Posté le mardi 03 octobre 2006 17:05

Modifié le mercredi 04 octobre 2006 09:49

Introduction

Introduction
A la manière d'une dissertation de Droit Constitutionnel :

"La seule différence entre une passion et un amour éternel, disait ton homonyme Oscar Wilde, c'est que la passion dure un peu plus longtemps."
Tu te souviens, tu étais sur le canapé rouge, au milieu du salon, et moi sur le canapé beige. Tu m'as trouvé cynique. Même si on ne savait pas bien ce que ça voulait dire. Et je t'ai parlé de Wilde. Il avait ton nom et à présent il serait lié à toi, de toute façon, par cet instant où je vous avais tous les deux dans l'esprit, l'un à côté de l'autre. Plus profondément, encore, parce que je savais qu'il y avait quelque chose en vous de fondamentalement identique, ce recul, cette distance face à toutes les formes de douleur, le facteur principal, en vérité, qui a fait que tu m'as plu.
C'était il y a plus d'un an, à l'époque des manifestations anti loi Fillon. Nous nous étions dit de gentilles choses, abritées sous le mystère des pendus, qui nous rendait effrontés, durant un cours d'histoire, au dernier rang près du couloir. En remontant aux origines, je regrette le passé, comme un âge d'or révolu et que l'on ne retrouvera jamais. J'oublie presque nos longs et insupportables silences, nos retrouvailles régulières, nos séparations amères. Et aujourd'hui, je ne peux même plus te parler, je n'en ai même plus l'espoir, j'ai essayé de renverser la situation, mais je sais que tu ne te laisseras pas faire. J'ai peu d'espoir en de nouvelles retrouvailles. Parce que cette fois-ci est différente n'est-ce pas ?
Par hasard, l'ordinateur me propose la chanson d'Edith Piaf : "Ne me quitte pas". Ne me quitte pas... C'était déjà ironique à l'instant où nous l'avons écouté, tous les deux, car nous savions déjà que tu allais me quitter. Et pourtant je ne t'ai peut être jamais autant aimé qu'à cet instant, où sa voix me rappelait le malheur que je venais de quitter, et me promettait son retour, et me disait de profiter, me permettait d'être heureuse, totalement heureuse, dans cet instant éphémère, avant son contrecoup.
Mais tu te demandes pourquoi je te dis tout ça n'est-ce pas ? Tu t'interroges sur mes motivations. Sur ce qui se passe dans ma tête. Nos têtes savaient communiquer, mais n'ont jamais su se comprendre, n'est-ce pas ? Je t'écris parce que je suis partagée entre mon dernier espoir de te retrouver, et la voix de la sagesse qui me murmure de t'oublier tant que je le peux. Et puis j'aimerais que tu comprennes pourquoi je t'ai dit qu'il fallait qu'on s'oublie. Tu as sûrement des hypothèses, peut être sont elles justes, mais moi-même j'ai du mal à déterminer la cause de mes messages. Je t'écris, mais j'écris pour moi aussi.
D'abord, donc, l'explication de ma conduite. Et ensuite... Ensuite, réflexion sur les conséquences, les limites, les espoirs de ma conduite.
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# Posté le mardi 10 octobre 2006 14:57

moi je suis reine.

moi je suis reine.
"Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine."
Antigone, fille d'Oedipe, au roi Créon.

# Posté le mercredi 11 octobre 2006 13:35