Vengeance...

Chers gens,
Chers gens ! Si seulement vous partagiez mon bonheur, comme je vous envierais ! Malheureusement, il est sans cause, il ne durera pas.
Je suis dans une sorte de bulle euphorique. Une bulle euphorique...
Tout va bien aussi, ça joue n'est-ce pas ? Je me venge - il est doux le parfum de la vengeance ! Mais s'il savait... S'il pouvait se douter et si je pouvais ne plus avoir de doute quant à ses doutes qui sont, somme toute, fort probables, même si le malheur vient du fait qu'il a la possibilité et qu'il l'utilisera de me les dissimuler, il a beaucoup de fierté je crois - j'aime, ou presque, ou mieux, dirais-je, car j'aime une femme comme si elle était une nymphe, une nymphe oui, et enfin je respire, je respire car je travaille et j'aime mon travail.
Mais je ne sais pas si l'extériorisation de mon bonheur a vraiment d'intérêt pour vous. En outre, de ce que je viens de dire, je retiens deux sujets intéressants que je pourrais développer. Celui contenu dans les deux tirets, ou comment je me venge délicieusement malgré les scrupules parasitaires qui collent à mon caractère, et cet amour pour une nymphe.
Au sujet de ma vengeance, je vous en expose les faits pour que vous, juge, vous puissiez vous faire votre opinion et, selon vos propres règles, et je me propose de les considérer basiques comme inscrites dans votre constitution intime, rendre un jugement impartial et un verdict que j'aimerais tellement connaître car le mien s'appuie sur une constitution hésitante.
Je puis dire sans trop m'avancer que j'ai la preuve presque concrète qu'il existe un homme (j'en ai déjà parlé) qui m'a manipulé. Je pourrais trouver à sa décharge quelques arguments qu'en outre j'aurais intérêt à garder sous silence mais j'aspire tout de même à une certaine équité, comme le fait qu'en tant qu'homme, il était porté à le faire, qu'en tant que moi j'étais portée à le laisser faire voire, malgré moi, à l'encourager, et qu'enfin, s'il a profité de moi, j'aurais à me reprocher de ne pas l'avoir stoppé. Je n'aime pas reprocher aux autres, à posteriori, ce sur quoi j'aurais pu agir. Cet homme manipulateur, donc, je l'ai aimé, et l'aime encore probablement même si à l'instant présent son image est trop lointaine pour que j'en ressente réellement les conséquences. Seulement il a profité de mes sentiments, et j'insiste sur ce point non pas pour me plaindre ou susciter la compassion, loin de là, mais parce que cet élément renferme en lui la problématique, le problème de toute notre histoire. Il est, plus exactement, le point de départ, le véritable n½ud du problème. Car tout le problème est de savoir qui est responsable. En premier lieu, il semble responsable de profiter de mes sentiments. Mais en second lieu je suis responsable de le laisser profiter de mes sentiments. Et en troisième lieu, suis-je réellement responsable dans la mesure où mes sentiments même étaient peut être suffisant à m'empêcher, à m'interdire une action qui n'eut pas été dans le sens de sa volonté, et donc du profit qu'il tirait de moi. Etais-je responsable alors que j'étais amoureuse ? L'amour ne justifie-t-il pas, ne lave-t-il pas ma responsabilité, puisqu'on allège la sanction d'un crime passionnel, puisqu'on déresponsabilise le mineur ?
Voilà, en quelque sorte, l'introduction de l'histoire. La suite, comme je l'ai annoncé, ou l'entrée dans le vif du sujet, c'est ma vengeance.
Je me venge en lui faisant croire que je n'ai plus besoin de lui, et même que je suis capable, voire désireuse de l'oublier, de le chasser de ma vie, de couper les ponts, de vivre sans lui. Voilà ma vengeance. Je ne sais pas comment il la prend, je ne sais pas quels sont ses sentiments, s'il est indifférent, malheureux.
J'espère qu'il est malheureux. Et je suppose qu'il l'est. Je l'espère car ça me consolerait infiniment des nombreuses fois où j'ai pleuré à cause de lui. Ca me confirmerait qu'il tient un peu à moi. Ca me crédibiliserait l'hypothèse qu'il réalise ce que je suis pour lui et qu'il ne peut vivre sans moi.
Qu'il ne puisse vivre sans moi, j'en conviens, c'est un peu utopique. Bien que moi-même je ne puisse vivre sans lui. Et voilà qui m'amène par une subtile transition à un autre aspect du problème.
Est-il dupe ? Je lui ai envoyé un message disant : "oué, on s'oubli, bonne idée".
Y a-t-il cru ?
Lorsque je le lui ai envoyé, bizarrement, j'avais la conviction profonde, au point que je n'avais même pas idée de la remettre en question, qu'il prendrait cette phrase au premier degré, qu'il serait dupe. Et pourtant plus j'y pense, plus ça me paraît évident qu'il est tout aussi conscient que moi que c'est absurde. C'est complètement absurde. On ne s'oubliera pas, pas maintenant, pas comme ça, pas pour une chose aussi bête. Je ne suis pas dans sa tête et j'ignore jusqu'à quel point il s'imagine que je lui en veux (bien sûr, je ne lui en veux plus du tout depuis la seconde où je lui ai envoyé ce message), mais tout de même, il est intelligent, il ne peut pas y croire !
Mais aurais-je intérêt à ce qu'il y croit ? Je crois bien que oui. J'aimerais qu'il y croit et qu'il ne l'accepte pas, qu'il mette tout en ½uvre pour que l'on ne s'oubli pas. Encore je me trouve bien optimiste, bien naïve. Je crois qu'il a trop de fierté.
La vérité c'est que je découvre qu'il a de la fierté alors que j'ai toujours découvert, auparavant, qu'il en manquait. Mais peut être la jugeais-je mal, la cherchais-je là où elle n'était pas. Je pense que sa fierté est autre part mais qu'elle est réelle, c'est impossible autrement.
J'ai peur aussi, s'il y croit, qu'il accepte trop facilement. C'est à peu près la première fois que j'arrive – enfin – à renverser la situation, mais j'ai peur qu'il n'arrive à se tirer de cette situation mieux que je n'y suis jamais arrivée.
Est-ce qu'il tient à moi ?
Quant à mon second thème, mon amour pour une nymphe, je ne peux le détailler autant. Il est trop abstrait, trop indéfinissable, trop diffus, trop éphémère, trop artificiel aussi. C'est un peu la profondeur qui vient équilibrer la bassesse et la superficialité de ma vengeance. En réalité, aussi, cet amour est exclusivement musical, il n'est pas littéral.
Sol, si ré sol...
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# Posté le mardi 31 octobre 2006 12:33

Mes amours

Mes amours
Si je devais écrire l'autobiographie de mes amours, elle commencerait par cette réflexion : mes amours sont bien trop jeunes. Elles n'ont pas de passé.
Pourtant je pourrais nuancer. Mon tout premier amour est mort il y a déjà longtemps, et il appartient à ce genre d'amour qui ne ressuscite pas. Je n'ai d'ailleurs depuis jamais autant mal aimé un homme, c'est-à-dire aimé de façon aussi naïve et ignorante. C'était un de ces amours absolument platoniques, narcissiques aussi, puisqu'en cet homme j'aimais la sagesse et le géni auxquels j'aspirais. Je l'aimais sans connaître l'amour, sans savoir ce que c'était, et en ce sens je ne comprenais rien à mon sentiment, tout en croyant le cerner, si bien que je me constituais à mesure qu'il évoluait une définition de l'amour tout à fait erronée et puérile. Et pourtant je l'aimais vraiment, cet homme, de façon passionnelle, passion que je n'ai plus jamais ressentie par la suite avec cette intensité. De cette passion qui n'a aucune cause, aucun but, et qui s'alimente elle-même. Une passion que je subissais passivement, avec délices. En outre, elle s'insérait si bien dans ma vie qu'elle ne l'a jamais affectée. J'ai continué de vivre sans ressentir le besoin d'en parler, que je n'ai ressenti qu'a posteriori, et en ce sens, ma première histoire d'amour a été une histoire intérieure. Une histoire entre moi et un idéal que je créais par mon imagination, à l'aide d'un support physique réel qui l'incarnait et le représentait. Ce support physique n'était en réalité que l'intermédiaire, la passerelle entre la réalité et mon imaginaire. Il n'était que le moyen matériel sur lequel allait se développer ma passion. L'outil au service de l'½uvre d'art.
J'ai connu d'autres passions de ce type, parfois encore plus irrationnelles, pour des femmes, par exemple. Ces amours purement enfantines ne me semblent même pas être des embryons du véritable amour que je connaîtrais plus tard, étant de nature différente.
La découverte de l'amour véritable a été pour moi une déception. Mes idéaux se sont évaporés, avec cette passion délicieuse, dont j'ai perdu la perception en grandissant. Je n'ai plus été capable de la ressentir, elle est devenue comme un don qui serait apparu brusquement, un jour, et aurait disparu tout aussi brusquement, un peu plus tard. Ces passions par lesquelles je m'étais définie, m'en servant pour me marginaliser, comme preuve de ma supériorité, de mon ultra sensibilité, comme manifestation d'une particularité de caractère qui me distinguait des autres et m'empêchait définitivement de m'en faire comprendre, ces passions ont été au c½ur de mon enfance. Elles absorbaient et contenaient précieusement toute mon affectivité. Je vénérais ces êtres que j'aimais, comme des dieux.
En découvrant le véritable amour, j'ai donc perdu la foi. Et en vérité, j'ai abordé ce nouveau phénomène selon un angle détourné. Mon premier vrai amour est né de mon orgueil. Dès que m'est apparue la possibilité d'être aimée, j'ai compris l'enjeu que cela pouvait représenter pour mon image, vis-à-vis des autres et vis-à-vis de moi-même. Cet amour serait le puit de la confiance dont je manquais à l'époque. Il me permettrait de m'affirmer, et pour la première fois, de ne pas me sentir marginalisée.
Ce bouleversement présentait un enjeu important. Pour la première fois, je reconnaissais que je n'étais pas supérieure, que je n'avais pas de sixième sens qui me permettait de ressentir des passions transcendantes, je reconnaissais que je n'étais pas différente des autres. Et prendre en compte cet amour, c'était faire un pas vers les autres, accepter de ne plus rechercher à me distinguer. Accepter que j'avais eu tord de dénigrer ces autres. Prendre le risque d'entrer dans le cercle vicieux dans lequel je les plaçais tous : la recherche du commun. Me plaçant à leurs côtés, j'adoptais leurs critères, ceux auxquels je n'avais jamais reconnu de légitimité, et en leur reconnaissant une légitimité, je devais m'y adapter, je devais me comporter en fonction de ces critères. La mode, qui m'avait toujours paru un phénomène profane – et qui l'est resté très tard, malgré tout, preuve de la difficulté que j'avais à abandonner mon idéal premier – devait devenir mon but. L'amour, qui était pour moi comme une foi dévolue à un dieu, devait devenir un protocole vulgaire et commun. Je n'allais plus aimer des dieux, j'allais aimer des êtres humains.
Mes premiers vrais amours n'ont pas pour autant été des amours réalisés. Ils ne se sont jamais concrétisés. Je me suis faite aimée, j'en ai tiré ma gloire, mais pour autant j'étais encore trop méfiante vis à vis de ce nouvel état d'esprit. Je n'étais pas sûre d'avoir raison, je n'étais pas sûre de devoir abandonner ma foi. Ma passion pour mes demi-dieux faisait encore écho en moi.
J'ai donc connu une sorte d'Antiquité, durant laquelle mes croyances étaient encore primitives et superstitieuses. Et puis mon évolution, l'évolution de mes fréquentations, de mon environnement, ont modernisé mes idées. J'ai fini par savoir aimer au sens commun.
Je n'ai aimé dans ce sens qu'un seul homme. C'est lui qui a aboli définitivement en moi mes croyances superstitieuses, lui qui m'a donné la définition réelle de l'amour, ce mélange d'attirance physique et de dépendance morale. Il a désacralisé l'amour et m'en a fait subir les réalités. L'apprentissage a été long et douloureux, et j'admire la patience inconsciente qu'il a témoigné. Et de là m'est venue cette pensée assez inattendue et paradoxale, que cet amour, aussi imparfait, aussi humain soit-il, était un amour éternel, que je continuerais de ressentir toute ma vie, et peut être même, dans une certaine mesure, pour cet homme. Et que l'amour-passion que j'éprouvais pour les dieux de mon enfance était, par nature, éphémère.
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# Posté le samedi 11 novembre 2006 19:14

Modifié le dimanche 12 novembre 2006 05:01

En passant

En passant
Moi dans le reflet du piano :).
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# Posté le dimanche 12 novembre 2006 05:04

Fabrice Luchini

Fabrice Luchini
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# Posté le vendredi 17 novembre 2006 10:55

Julien Boisselier

Julien Boisselier
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# Posté le vendredi 17 novembre 2006 10:59

Modifié le samedi 20 janvier 2007 13:18