Mais ici, rien n'est plus pareil. Ici, le regard extérieur existe, et malgré moi, malgré mes encouragements intérieurs de cette voix qui ne comprend pas ce qui fait que je n'arrive pas à écrire librement, que quelque chose me bloque qui la dépasse et qu'elle ne peut ressentir, l'appréhension de la teneur de ce jugement paralyse mon inspiration, et je ne sais plus quoi dire. C'est à dire que je sais ce que je pourrais dire, mais rien ne me semble à la hauteur, tout me paraît vain et maladroit.
C'est pour ça que je vous parle de mes états d'âme, comme si cela allait justifier ce que j'écris, lui donner une cause. En outre, il y a une autre raison pour laquelle j'écris.
Cela part d'une volonté sûrement illusoire de changer. Je dis illusoire car je ne crois pas qu'au fond ce qui m'inspire soit une volonté de changer, mais un désir d'une chose que je ne détermine pas. Le fait est qu'il me semble avoir envie de ressembler à quelqu'un d'autre que moi, et par exemple a quelqu'un qui aurait un skyblog. Et pourtant je sais bien qu'une personne lambda ne tiendrait pas de tels discours sur son skyblog, et étonnament, cela flatte mon amour propre. Je me dis que même en faisant des efforts, je ne parviens pas à être banale. C'est très naïf je sais bien.
En tout cas, maintenant que c'est fait, je vais essayer de ne pas retourner en arrière. Je pense que je vais essayer de parler de choses intéressantes même s'il me semble non seulement que j'en suis incapable, mais en plus que y arriverais-je, je ne serais pas à même de traiter convenablement le sujet, ce qui est plus fâcheux. Par exemple, je suis en train de lire A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, c'est d'ailleurs de là que me vient mon surnom d'Odette de Crecy (bien que ce ne soit pas le personnage auquel je me sois identifiée, ma passion pour Un amour de Swann, notamment, tenant plus à ce que je me retrouvais dans Charles Swann). Mais dès que je souhaite en parler, il me semble que ce que je voudrais en dire serait bien futile. Je ne suis qu'un spectateur ignorant en art, ébahi devant un chef d'oeuvre. C'est d'ailleurs une situation bien agréable, en soi.