Texte décousu

Texte décousu
Dans la plaine abyssale
Un cheval.
Mais alors vraiment parce que je suis fatiguée...

Je me demande si la forme décousue peut être une structure en soi, ou si elle en est le contraire. C'est-à-dire qu'il y a deux options : ou elle en est le contraire, elle contredit la notion de structure, s'y oppose strictement. Ou elle n'en est pas le contraire. Et la question est de savoir si dans ce cas, elle peut être une sorte de sous-genre de structure.
A moins que la notion de structure n'incorpore son opposé. Précisons le postulat de l'amalgame de contraire et opposé, bien que ce postulat soit très discutable, ce qui explique son statut de postulat. C'est juste, en vérité, qu'à mon manque de courage de rectifier s'ajoute mon incertitude quant au terme à employer. En outre, on parle bien de structure décousue, n'est-ce pas ? Ou est-ce un oxymore ?
"Commentez la structure de ce texte.
- Ce texte a une structure décousue."

Ca ne me choque pas plus que ça. Ce n'est pas un argument certes, mais je le prends comme tel. L'avantage d'une fiction, ou d'un texte sans prétention à quoi que ce soit, pas même à être lu peut être, bien que je doute de ce dernier point, est que l'on peut fixer des règles fantaisistes qui n'engagent que nous et n'ont a priori pas d'incidence. Je peux donc instaurer une règle selon laquelle, dans ce texte, mon opinion a force de vérité.
Mon opinion a force de vérité ! Haha, je crois que je déplairais fort à quelque philosophe échoué sur mon île, qui sait depuis toujours la contradiction fondamentale entre opinion et vérité. Ceci dit, nuançons, je n'ai pas dit : mon opinion est vérité, et l'eussé-je dit, c'eut été purement gratuit et nullement vrai ni à prétention de vérité. Et je m'engage par là même dans des temps et conjugaisons dangereuses que je maîtrise mal, mais cela reste accessoire, et mon opinion ayant force de vérité, je peux même dire que c'est accessoire.
A noter que je vous impose mon opinion, ce qui déroge plutôt à mes habitudes, je tiens à le préciser. J'aimerais savoir quel effet cela fait de se voir révéler une vérité. Au fond, qui refuserait ? On viendrait vous voir un jour, on vous dirait : "Salut toi, je suis un prophète, je détiens la vérité, penche toi et je te la murmurerai à l'oreille".
Je serais la première à me pencher, si ce prophète m'inspire. Et je serais sûrement la première à accepter comme vérité des théories absolument douteuses par simple paresse de les remettre en question ou par simple bonheur de croire qu'elles renferment une vérité dont la découverte était le but de ma vie, et qui donne donc à ces années de recherche hasardeuses une récompense sans commune mesure avec l'effort fourni.
Et à ce titre, j'ai parfois un désir étrange de me laisser convaincre. J'aimerais avoir, une fois dans ma vie, une conviction inébranlable, et je serais prête pour cela à inhiber un instant mon esprit critique pour...
Pour une certaine foi. Une foi qui n'existe plus aujourd'hui, et qui pourtant a probablement été l'une des plus grandes sources de bonheur de l'histoire. C'est une réflexion que je me suis faite après avoir vu Brand, cette fameuse pièce de théâtre qui m'a tant marquée. J'ai vraiment dit qu'elle n'existait plus aujourd'hui ? Comment ai-je pu dire ça. La foi religieuse, tout simplement, bien qu'ayant fortement régressé au point que dans mon quotidien, elle n'existe plus, et que je ne la rencontre que fort indirectement. En outre, je dois bien préciser par souci d'équité que l'une des plus grandes sources de bonheur de l'Histoire a été aussi l'une des plus grandes sources de tragédies et d'horreur. Cela va sans dire. J'ai juste meilleure conscience à présent.
Bref, cette foi qui me manque parfois (et non cette fois qui me manque par foi), je pourrais la susciter, l'envie m'en a déjà prise et l'idée traversé l'esprit, à condition qu'il s'agisse bien d'une foi, et non d'une conviction arbitraire. Aucun prophète, à moins de s'appeler Knock-Luchini peut être, ne me convaincra d'une cause immorale, par exemple. Petite précision au moins aussi pertinente que toutes celles que je ressens le besoin de faire dans cette chose décousue.
A noter que je ne suis pas objective, évidemment, si l'on met de côté ma décision supra selon laquelle mon opinion a force de vérité. Non pas que je sois objective dans celle-ci, mais la foi, je l'ai sûrement dans d'autres domaines, et je n'en ai juste certainement pas conscience je suppose. Nos descendants lointains se moqueront bien de nous et de nos croyances, certainement. Au fond, ce qui me manque, c'est une certaine forme de foi, pour des raisons obscures. Il parait que les Dieu viennent suppléer nos parents lorsque nous les avons désidéalisés. Voila, papa, maman, j'aurais aimé pouvoir retrouver votre image iconique, m'adresser à elle tous les matins en hébreu, sentir son existence et croire en son omniscience. Car par exemple, qu'est-ce qu'on en fait, de l'omniscience, lorsqu'on est incroyant ? Faut-il se résoudre à la renier ? Et alors à quoi peut on aspirer à ressembler, où est notre modèle de vérité, de droiture, de justesse ? Nécessairement dans un être par définition ignorant de la vérité au même titre que tous les autres ? A la droiture et à la justesse purement subjective, et par conséquent contestée par d'autres êtres auxquels nous pourrions également vouloir aspirer à ressembler ? Mon regret est de ne plus croire en l'existence de cette vérité, de cette droiture, de cette justesse, et pourtant j'y aspire toujours. Comme si je n'avais toujours pas réalisé cette inexistence. Inexistence matérielle, pratique, mais existence théorique nécessaire. Je n'ai plus la foi mais je crois en ce que je sais inexistant, j'y crois et je crois en son inexistence. Je me demandais tout à l'heure si la notion de structure pouvait contenir son opposé. N'est ce pas un bel exemple que cette notion de croyance qui contient son opposé ?
L'incroyance est la croyance du non-croyant.
Et si vous n'y croyez pas... Sachez que j'ai moi-même de sérieux doutes...
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# Posté le mardi 21 novembre 2006 16:55

Réflexion mélancolique liée à mélancolie passagère.

Réflexion mélancolique liée à mélancolie passagère.
J'ai peur d'être prétentieuse... Je suis prétentieuse n'est-ce pas ? Au fond, de quoi puis-je parler ? Je n'ai pas de compétence. Je n'ai pas de savoir. Je suis rien. Je suis rien qui aspire à des choses, je ne suis qu'une boule de sens inutile. Je suis terne, je suis fade, je suis pétrie d'imperfection, j'aimerais être, rien de plus, absolument rien de plus qu'une image qui évoque quelque chose. Qui pousse les gens à m'inventer des qualités surnaturelles. Mais les gens me cernent sans même avoir besoin d'attarder leur regard sur moi, ils me cernent mieux que je n'arrive moi même à me cerner. J'ai encore une haute image de moi mais l'image que les autres me révèlent me parait de plus en plus véritable. Je réalise qu'on m'a parfois trouvé ridicule alors même que je pensais agir noblement, que je pensais susciter le respect. Je n'arrive pas à me construire une image qui fasse que l'on m'admire. C'est vrai que ça n'a jamais été mon but avoué, je me le suis peut être caché, pourtant c'est une évidence implicite que je veux intriguer ! Et je n'intrigue personne ! Je n'arrive pas, en fait, à savoir ce qu'on pense de moi. Car plus exactement, j'ai toujours voulu me donner une image qui invite à être dépassée. J'ai toujours joué sur mes défauts, timidité, naïveté, pour obliger les gens à dépasser cette image et sonder la profondeur de ce qu'il y a derrière cette superficie fantaisiste. Mais cette image tombe car je m'affirme, et la profondeur qu'elle recouvrait se dévoile, et se révèle limitée, faible, bien loin de la mesure que je lui donnais ! Et si en écrivant, par exemple, je tente de creuser, je tente d'élargir mon mystère, puisque ces écrits sont à peu près anonymes, je tente par eux d'intégrer en moi une personnalité idéale qu'incarnerait Odette, cette démarche ne me satisfait pas, car je ne suis rien, encore une fois. Ma profondeur, en réalité, elle n'existe même pas. L'image que je me suis donnée, elle était inutile, ou servait seulement à me faire croire qu'elle cachait quelque chose.
Et regar
dez ! Regardez comme je fabule ! Comme je m'invente une organisation basée sur le système D, comme je m'invente une superficie fantaisiste et une profondeur inexistante, comme si je prétendais pouvoir percer les mécanismes de ma personnalité, j'en ai l'audace, l'audace de me prendre pour Freud ! Et nullement la compétence !
Je m'o
ctroie des compétences qui me transcendent en fait largement. La seule compétence que j'aimerais m'attribuer et qui me paraîtrait à ma portée, c'est d'écrire des histoires, des fictions, des romans policiers... Car ma seule prétention alors serait de décrire les images de mon imagination. Mais je n'ai pas d'imagination. Je n'aime pas les romans policiers, et je ne sais pas intéresser, je ne sais pas créer d'atmosphère, je ne suis pas écrivain, bien sûr.
Alor
s voilà, au final, j'écris que je ne sais pas écrire, j'écris qu'il ne faut pas que j'écrive, que je n'en ai pas la capacité. Mais alors pourquoi prendre cette peine ? Pourquoi est-ce que je prends la peine d'écrire si je sais que je n'en ai pas la capacité ?
Parce que
j'aime ça, oui, donc je fais une chose à laquelle je ne suis pas habilitée parce que j'aime ça. Par conséquent, je fais quelque chose que je ne sais pas faire, je me surestime, et c'est prétentieux. Je suis prétentieuse. CQFD... N'est-ce pas ?
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# Posté le samedi 25 novembre 2006 12:27

Modifié le vendredi 02 février 2007 04:37

Barbara

Barbara
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# Posté le dimanche 26 novembre 2006 16:03

*~*~*

*~*~*
Epaule silencieuse,
Ô pâle abstraction
Disperse ma raison
Et rends mon âme heureuse




Cupidon, William Bouguereau

# Posté le mardi 05 décembre 2006 14:45

Modifié le dimanche 17 décembre 2006 11:15

De la pluie et du beau temps.

De la pluie et du beau temps.
Chers amis,
Asseyons-nous autour d'une table et discutons.
Parlons de la pluie. La pluie apaisante qui cahote sur le toit qui nous abrite. La pluie qui, a Paris, revêt, plus que partout ailleurs, et notamment dans les campagnes déprimées où elle emboue le paysage en s'alliant au sol terreux et ralentit la marche du solitaire, que seule la perspective d'un chocolat fumant au coin du feu parvient encore à nourrir de l'énergie nécessaire à son avancée, un aspect purificateur, comme entraînant dans sa chute la pollution stagnante de nos rêves et la grisaille impérialiste de nos humeurs. Pluie capricieuse cependant, qui comme les larmes dans nos jours de tristesse, se déclenche à l'improviste, abonde frénétiquement, alors que le ciel paraît pressé comme une éponge, humidifie nos joues exsangues, strie notre regard mélancolique, et dans un ultime sursaut de désespoir s'apaise, calme son ardeur, reprend son souffle, prend la forme caressante d'une source qui déambule au creux des alluvions. Crise chronique comme un hoquet, qui une fois déclenchée, crée un état instable et menace à chaque instant de récidiver, alors qu'un moment d'accalmie semblait avoir éloigné définitivement le relent du vomi lacrymale, rejaillissant, puissant et effrayant qui semble, par le simple fait de son retour, devoir être perpétuel. Mais la crise – comme toutes les crises, hélas – se nourrit d'espoir. Cet espoir qui, par intermittences, expose entre deux nuages la rondeur affective du soleil, rayonnant, splendide, sourire au milieu du visage de celui qui l'espace d'une minute, a oublié sa douleur, distrait, rêveur, naïf qui ne sent plus la maladie qu'il confond un instant avec la pénibilité de la convalescence ! Le silence emplit le champ de bataille, le tintement des lames se tait, les combats cessent, la plaine ensanglantée se transforme en désert. Un courant d'air traverse l'espace... Quelques instants.

Par souci d'équité entre les deux s½urs ennemies qui alimentent nos conversations, nous devrions maintenant discuter du beau temps. Mais l'heure m'oblige à lever la séance...
A bientôt, chers amis, je vous promets que nous en débattrons ultérieurement.

# Posté le lundi 11 décembre 2006 16:59