Déclaration à un tiers.

 Déclaration à un tiers.
J'imagine que rechercher la solitude dans l'écriture n'est qu'un moyen de la noyer, car la solitude que nous y trouvons a le réconfort absurde de celui à qui l'on se confie. On ne se confie pas à soi et pourtant écrire c'est se confier, il y a donc un tiers quelque part, mais qui est-ce ?
C'est vous le tiers.
Tiers, je me confie à vous.
J'aimerais savoir l'effet que cela vous fait.
J'aime que l'on se confie à moi. Mais j'aime encore mieux me confier, car dans la confidence il y a une sorte d'observation inavouée de l'autre, celui qui écoute, celui qui recueille nos paroles. Finalement ce qui nous intéresse est moins de parler que d'examiner comment ces paroles sont reçues, et c'est cette réception, trahie par des signes que nous interprétons sur le visage de l'autre, dans ses approbations, dans ses silences éloquents, dans la position de ses mains dont il a perdu le contrôle dans la concentration et la mobilisation de ses sens pour l'unique tâche, flatteuse, de recueillir la confession, dans l'orientation inquiète de son regard, dans la fixation attentive ou dans la blessante diagonale que nous l'imaginons tracer dans l'espace, c'est cette réception qui infléchie notre préoccupation soit vers la satisfaction, soit vers la douleur ou la frustration. Et les réactions de l'autre sont autant de signes inconscients, ces signes qui nous soulagent ou nous bouleversent lorsque, tendant un cadeau longuement réfléchi, nous espérons y lire le bonheur et la reconnaissance.
Mais pourquoi aller solliciter le Tiers que vous êtes, alors même que le lien qui nous unit est lui-même la barrière qui m'empêche de lire sur vos traits la traduction de vos réactions à mes confidences ? Peut-être parce que l'invisibilité à laquelle vous m'êtes condamnés vous rend d'une infinie diversité et que dans cette diversité, votre indéfinition m'autorise à vous imaginer confident idéal et à vous prêter les réactions idéales que celui-ci aurait. Et au fond, il vous suffit de considérer que je me trompe, voire que je ne fais qu'interpréter, ce que nous sommes peut être tous contraints de faire, qu'interpréter votre image, et que le décalage, qui s'ensuit, entre mon imaginaire et la réalité, en tant que décalage, fait de vous un confident réellement idéal, incarne en vous mon idéal, sans se contenter de le créer parallèlement à vous. Tiers lecteur, vous êtes mon confident idéal, et si vos réactions ne sont pas celles que j'imagine, vous restez Tiers idéal car je fais de votre invisibilité le filtre au travers duquel mon regard ne voit que ce qu'il veut voir.
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# Posté le mardi 30 janvier 2007 17:16

Modifié le mercredi 31 janvier 2007 07:31

Folle amie

Folle amie
Folle amie, ingénue, volage créature
Qui éclaire ma couche en sibyllins murmures
"Fou" dit ta bouche, "ami", dit ton regard
Qui ment ? Qui est sincère ? Lequel dois-je croire ?

Jalouse, quand tes yeux se changent en canons
Quand ton amour blessé et cause de ta peine
Longtemps, sage captif, jaillit comme la haine
Ah, ma belle ingénue, que j'aime tes jurons !







Edouard Manet, Woman reading.
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# Posté le dimanche 04 février 2007 05:50

Soirée, alcool, désirs...

Soirée, alcool, désirs...
Il y a eu des instants, des secondes, parfois longues, où j'étais transportée par toi. Sous l'effet de l'alcool, de la musique, de ton corps sculptural – car tu es beau ! – mon c½ur battait de te voir. Mais ces moments savoureux, ce n'étaient que des secondes. Ces secondes, j'aimerais parfois que tout s'y arrête, que vous les hommes, vous ne ressentiez pas le besoin d'aller plus loin. C'est cette surface qui me plait. Un peu comme je savoure toujours vos premiers baisers, la redécouverte de vos lèvres, la sensation soudaine de votre étreinte, l'excitation qui monte, en pic, soutenue par cette idée que lors de ces premiers baisers, toute votre affection, votre douceur, émane de vous, sereine, calme, et qu'alors je suis encore, pour vous, une statue, une belle statue désirée, en train de basculer lentement de votre côté.
C'est ensuite que tout s'emballe. C'est ensuite que tout s'est emballé. Ton odeur m'a submergée, cette odeur froide, agressive, tes gestes sont devenus plus assurés, plus durs, plus autoritaires. Tout à coup, ton désir progressant lentement, régulièrement, s'est emballé, a dépassé le mien, puissant mais éphémère, ta respiration est devenue bruyante, grossière, troublée, révélatrice de l'état de tout ton corps, de tout ton être, soudain privé de sa conscience substituée par un nouveau moteur, le désir, le besoin de posséder. C'est à partir de cette seconde phase que je me sens dépassée. Mon désir à moi, nourri d'images, de sentiments, est complètement inhibé par le tien, dépourvu de sentiment, le tien trop concret, trop pratique, trop matériel. Alors je me sens submergée, dépassée, je me sens faible, soumise, et coupable, coupable de me laisser faire, coupable de ne pas pouvoir me défendre, coupable de ne plus suivre, de vouloir revenir en arrière, ou tout stopper tant qu'il est temps. Mais il est trop tard de toute façon, rien ne t'arrêtera plus, car la force de ton désir dépasse ma volonté, affaiblie par mes scrupules. Alors j'essaye, dernier espoir, de solliciter ce désir matériel, j'essaye de le ressentir. Mais bien souvent je n'y arrive pas, ou bien trop partiellement. Pour prendre une contenance, je me transforme de statue en poupée, poupée immobile, dévouée, soumise, impuissante, sans volonté, je te regarde m'utiliser, je te regarde profiter de mon corps et trouver en lui ce que j'ignore qu'il renferme, ce que je suis incapable de ressentir, et te voir trouver ce plaisir dans ce qui, finalement, m'appartiens, ce que je t'offre, cela me soulage un peu.

Et lorsque ta violence se calme, l'orage passe, je retombe, inerte, sur le carrelage, contre le mur, j'ai envie d'être seule, je sature de tes caresses, de ta présence, de ton odeur. Mais tu ne vois pas ça. Je ne peux pas encore te dérober mon corps, la privation serait trop brutale, il faut que tu t'accoutumes à le quitter. Alors tu m'attires à toi, et je reste, dans tes bras, j'attends, je tombe de sommeil, mais je n'ai plus la force de décider.
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# Posté le dimanche 25 février 2007 14:09

Modifié le mardi 06 mars 2007 12:06

...

...
Je suis venu te dire que je m'en vais.
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# Posté le lundi 26 février 2007 12:52

The Big Sleep

The Big Sleep
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# Posté le dimanche 04 mars 2007 03:45